SOPECAM : Zéro Directeur originaire du Grand-Nord
À l’issue du Conseil d’administration du 4 mars 2026, la Société de presse et d’éditions du Cameroun a procédé à une série de nominations dans ses structures de direction. Les régions du Septentrion sont pratiquement absentes des postes de décision.
Les nominations intervenues le 4 mars 2026 au sein de la Société de presse et d’éditions du Cameroun (SOPECAM) continuent de susciter commentaires et interrogations, notamment dans les régions septentrionales. À l’issue du Conseil d’administration tenu ce jour-là, plusieurs responsables ont été désignés à la tête des directions et sous-directions de cette entreprise publique qui édite le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune. Mais à la lecture de la nouvelle configuration managériale, un constat s’impose : le Nord-Cameroun apparaît largement marginalisé.
Zéro directeur, zéro membre au Conseil d’administration
Dans la nouvelle architecture, les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord ne comptent aucun représentant parmi les huit directeurs opérationnels nommés. Un fait qui alimente déjà les critiques dans un contexte où la question de l’équilibre régional est régulièrement invoquée dans la gestion des institutions publiques. La tendance se confirme également au niveau des sous-directions. Sur une vingtaine de sous-directeurs promus, un seul est originaire des régions septentrionales. Il s’agit d’Israël Voutangzoui, sous-directeur des équipements et de la maintenance. Une représentation jugée très faible par plusieurs observateurs, qui estiment qu’elle ne reflète ni la diversité nationale ni la présence effective de cadres issus du Septentrion dans les médias publics.
Le déséquilibre apparaît aussi dans le maillage territorial de l’entreprise. Sur les dix agences et antennes régionales que compte la SOPECAM, une seule est dirigée par un ressortissant du Nord-Cameroun : Amadou Tikele, chef de l’agence de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord. Quant au Conseil d’administration lui-même, composé d’une quinzaine de membres, aucun n’est issu des régions septentrionales.
Les Régions du Centre et Est en position dominante
À l’inverse, certaines régions semblent particulièrement bien représentées dans la nouvelle organisation. Les régions du Centre et de l’Est, dont sont respectivement originaires la directrice générale, Marie Claire Nnana, et le président du Conseil d’administration, le ministre Joseph Lé, concentrent l’essentiel des postes stratégiques. Sur les huit directeurs opérationnels, six sont issus de la région du Centre, un de l’Est et un du Littoral. La région de l’Est obtient également un poste de directeur à part entière. Cette configuration donne l’image d’un déséquilibre territorial dans la répartition des responsabilités au sein de l’entreprise publique.
La réorganisation a aussi concerné la rédaction du quotidien Cameroon Tribune, le média gouvernemental. Les journalistes en service ont été promus à différents niveaux grand reporter, chef de service ou chef de bureau. Mais là encore, la répartition régionale soulève des interrogations. Sur les sept services que compte cette rédaction stratégique, cinq sont dirigés par des responsables originaires de la région de l’Est, dont le très influent service politique.
Des cadres du Septentrion marginalisés
Pourtant, au sein même de l’entreprise, les profils expérimentés issus du Septentrion ne manquent pas. L’exemple d’Olivier Lamissa Kaikai illustre cette situation. Jusqu’ici coordonnateur de Cameroon Business Today, l’hebdomadaire économique du groupe SOPECAM, il se retrouve désormais sans fonction de responsabilité. Il conserve uniquement son grade d’éditorialiste, obtenu depuis 2016. Quelques mois auparavant, un autre cadre reconnu originaire du septentrion, l’éditorialiste Grégoire Djarmaila, avait quitté la SOPECAM après plus de vingt-cinq années de service. Malgré une longue carrière au sein de l’entreprise publique, il n’aura jamais accédé à un poste de directeur. Avec le recul, certains observateurs se demandent s’il n’avait pas pressenti l’évolution actuelle de la gouvernance de la maison.
Ces nominations relancent ainsi le débat sur la représentativité régionale dans les entreprises publiques camerounaises. Dans les régions septentrionales, plusieurs voix rappellent que l’équilibre régional, souvent évoqué dans les discours officiels, reste un principe attendu dans la gestion des institutions nationales. Pour de nombreux observateurs du Septentrion, la question dépasse désormais le cadre d’une entreprise de presse : elle renvoie plus largement à la place accordée aux cadres du Nord dans les centres de décision du pays.
Charles Eto’a

