Projet de 10.000 logements : Vers une prorogation de la livraison de 24 mois, l’enveloppe révisée à 97,9 milliards FCFA

La Société immobilière du Cameroun (SIC), qui pilote le projet de construction de 10 000 logements exécuté par l’italien Pizzaroti sur les sites d’Ekoko II et Nkolmeyos (région du Centre), alerte sur un risque de glissement du calendrier. Dans un rapport sur l’état d’avancement des travaux, arrêté au 21 février 2026 et consulté par Investir au Cameroun, l’entreprise publique indique que les retards constatés devraient conduire à une prorogation du délai de livraison de 24 mois, notamment en ce qui concerne la base industrielle de Nkolmeyos, présentée comme structurante pour le projet.

Au 21 février 2026, la base industrielle à construire à Nkolmeyos n’affiche qu’un taux de réalisation de 25,3 %, après trois années de travaux. « Comparativement au planning prévisionnel (85,97 % à date), l’écart dépasse 60 points, constituant un facteur structurant de risque sur la trajectoire globale du projet. Des échanges sont en cours concernant une prolongation de 24 mois pour ce site », souligne le rapport.

Ce retard inquiète la SIC car la base industrielle de Nkolmeyos constitue l’épine dorsale du projet Pizzaroti. Pivot technique de la construction des 10 000 logements, le complexe doit produire des préfabriqués en béton à un rythme d’au moins 1 000 logements par an. Sa durée d’exploitation, estimée entre 40 et 50 ans, est présentée comme un levier stratégique pour accélérer, au-delà du seul projet, la construction à grande échelle de logements sociaux au Cameroun.

La voie d’accès exécutée à… 1 %

En attendant la livraison de Nkolmeyos qui pourrait finalement intervenir vers 2028 la construction des 1 224 premiers logements sur le site d’Ekoko II ne s’accélère pas non plus. Selon la SIC, l’état d’avancement du projet sur ce site atteint 46,8 % trois ans après le lancement des travaux. « La période novembre 2025-avril 2026 constitue une phase de vulnérabilité, avec des interventions simultanées sur 13 bâtiments. L’entreprise devra proposer un plan de mobilisation y relatif », indique le document.

Le rapport déplore également la progression quasi nulle de la voie d’accès au site, réalisée à seulement 1 %. Pour la SIC, cette « route constitue un maillon critique conditionnant la finalisation des VRD – voiries et réseaux divers, NDLR – les essais et réceptions », ce qui en fait un point de blocage susceptible d’entraîner des retards en cascade.

Sur le plan financier, le coût initial du projet a été revu à la hausse, passant de 96,7 à 97,9 milliards FCFA, soit 1,2 milliard FCFA supplémentaires. « Un travail de calage des quantités a été réalisé sur la base des études d’exécution actualisées et des constats techniques de terrain. Ce calage fait ressortir une incidence financière globale de 1,2 milliard de FCFA », justifie le rapport.

Plus de 53 milliards FCFA déjà décaissés

Sur l’enveloppe globale révisée, un peu plus de 53 milliards FCFA avaient déjà été payés à l’entreprise au 21 février 2026, soit un taux de consommation des crédits de 54,79 %. Pourtant, 29,18 % des prestations réellement exécutées ont été payées, selon la SIC. L’écart entre paiements et exécution physique s’explique, d’après le rapport, par la réalisation des études des 10 000 logements, le paiement des approvisionnements, le management et les frais généraux, ainsi que les avances contractuelles (avance de démarrage et avance sur approvisionnement).

Pour rappel, le 24 juin 2022 à Ekoko II, le directeur général de la SIC, Ahmadou Sardaouna, a procédé à la réception officielle des premiers matériaux et équipements devant permettre la réalisation du projet Pizzaroti. Le financement repose sur deux accords de prêts d’un total de 115 milliards FCFA, signés depuis 2017 entre l’État du Cameroun et la banque italienne Intesa San Paolo.

La phase I prévoit la construction de 1 224 logements à Ekoko II et d’une base industrielle à Nkolmeyos. La phase II prévoit 9 000 logements à Zouatoupsi et Nkolntsam, dans l’arrondissement de Mbankomo (région du Centre). La livraison de l’ensemble de ces composantes est annoncée pour 2026, mais devrait être retardée au regard des retards enregistrés.

Au-delà des ajustements techniques et budgétaires, l’enjeu est celui de la politique de l’habitat : le projet Pizzaroti est présenté comme un accélérateur de l’offre de logements sociaux dans un pays où le déficit est officiellement estimé à 2 millions d’unités.

Brice R. Mbodiam (Investir au Cameroun)

Observateur Septentrion

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