Pont sur le Mayo-Danay à Yagoua : 24 mois d’attente, des populations à bout

Vingt-quatre mois après l’effondrement du pont sur le Mayo-Danay, la détresse des populations de Yagoua, de Vélé, de Kaïkaï et de Maga ne cesse de s’aggraver. Ce qui n’était au départ qu’un incident d’infrastructure est devenu une crise sociale et économique majeure dans le département du Mayo-Danay.
Le pont, ouvrage en béton armé de 10 mètres de portée et 5 mètres de large, s’est effondré en septembre 2024, provoquant la fermeture totale de cet axe vital reliant Yagoua à Vélé et aux autres localités environnantes. Depuis, les échanges commerciaux sont paralysés, les coûts de transport ont explosé et les populations vivent au rythme des détours périlleux et des traversées improvisées.
Dans une correspondance datée du 18 février 2025, le ministre d’État Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, relayait les hautes instructions du président Paul Biya demandant un point précis sur les diligences engagées et les mesures prises pour le démarrage effectif des travaux. Mais sur le terrain, rien de concret. Les annonces successives, notamment celles du ministère de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu), n’ont pas été suivies d’effets visibles.
À Yagoua comme à Vélé, Kaïkaï et Magé, la situation est critique. Les agriculteurs peinent à écouler leurs récoltes, les élèves et enseignants affrontent chaque jour des trajets risqués, les malades voient leur accès aux soins compromis. En saison des pluies, l’isolement devient quasi total. L’économie locale, déjà fragile, suffoque.
Face à l’inaction prolongée, la commune de Yagoua, avec des moyens limités et le soutien du maire de Vélé, André Djafsia, a tenté d’aménager un passage sommaire pour les motos et les piétons. Une solution de fortune qui ne répond ni aux exigences de sécurité ni aux besoins croissants de mobilité.
La colère gronde. Des voix s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles considèrent comme des promesses politiques sans lendemain. « Nous sommes fatigués d’attendre. Le pont du Danay est devenu le symbole de l’abandon », lance un leader associatif local, pointant du doigt les élites politiques du département.
Le gouvernement a annoncé une reconstruction programmée pour 2026, inscrite dans le cadre du développement des infrastructures urbaines. Mais pour les populations, ce calendrier paraît lointain face à l’urgence quotidienne. Chaque jour sans pont est un jour de pertes économiques, de risques accrus et d’isolement renforcé.
Dans le Mayo-Danay, l’attente n’est plus seulement administrative : elle est devenue une question de survie et de dignité pour des milliers de citoyens qui réclament un acte concret, au-delà des promesses.
Adolarc Lamissia

