Guerre Americano-Israel contre l’Iran : L’Iran confirme que le guide suprême Ali Khamenei est mort lors des frappes des États-Unis et d’Israël

Téhéran a confirmé dimanche 1er mars la mort de son guide suprême Ali Khamenei, tué dans l’opération militaire américano-israélienne contre l’Iran, lequel a riposté en visant Israël et plusieurs pays arabes.
Annoncée samedi 28 février par Donald Trump, la mort du guide suprême Ali Khamenei a été confirmée par la télévision d’État iranienne. Les Gardiens de la Révolution ont promis « un châtiment sévère » aux responsables.
« Avec sa mort, la République islamique a effectivement pris fin et sera bientôt renvoyée dans les poubelles de l’Histoire », a jugé sur X le fils du défunt chah d’Iran, Reza Pahlavi. La transition sera assurée par un triumvirat composé du président iranien, Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire en Iran, Gholamhossein Mohseni Ejeï, ainsi que d’un membre du Conseil des gardiens de la Constitution, a annoncé la télévision d’État.
Dimanche matin, des milliers de personnes se sont rassemblées à Téhéran, certaines en larmes, brandissant des drapeaux iraniens et aux cris de « mort à l’Amérique », « mort à Israël », selon un journaliste de l’AFP sur place. La télévision d’État a montré le drapeau noir flottant sur le dôme du sanctuaire de la ville sainte de Machhad, dans le nord-est du pays.
Dans la nuit, la nouvelle de la disparition de celui qui a dirigé l’Iran d’une main de fer durant près de 37 ans, dans la prolongation de l’ayatollah Khomeini, avait été accueillie par des applaudissements et de la musique depuis certaines fenêtres et par des acclamations dans les rues, selon plusieurs témoins. La mort d’Ali Khamenei avait été annoncée vers 21h30 GMT samedi par Donald Trump, depuis la résidence de Floride d’où il supervise cette campagne militaire qui change la face du Moyen-Orient et pèse sur les approvisionnements en pétrole.
« L’une des personnes les plus diaboliques de l’Histoire »
Ali « Khamenei, l’une des personnes les plus diaboliques de l’Histoire, est mort », a déclaré le président américain sur son réseau Truth Social. « Il a été incapable d’échapper à nos renseignements et à nos systèmes hautement sophistiqués de suivi, et en étroite collaboration avec Israël, il n’a rien pu faire », a-t-il affirmé. Les médias iraniens ont aussi fait état de la mort de la fille, du gendre et de la petite-fille du guide suprême.
Les bombardements se prolongeront « tout au long de la semaine », a ajouté Donald Trump, qui juge que le peuple iranien tient là sa « plus grande chance » de « reprendre » le contrôle du pays. Le corps du guide suprême « a été retiré des décombres de son complexe », a rapporté la chaîne publique israélienne KAN. Selon la chaîne 12, « une photo du corps a été montrée » au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et à Donald Trump.
Israël a indiqué dans la nuit de samedi à dimanche avoir lancé une nouvelle vagues de frappes, visant des lanceurs de missiles balistiques et la défense antiaérienne de Téhéran. L’armée israélienne a fait état de la mort de sept autres hauts responsables iraniens, parmi lesquels le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, et Ali Shamkhani, un conseiller du guide suprême. Les décès de ces deux derniers ont été confirmées par Téhéran dimanche.
Trois décennies au pouvoir
À 86 ans, Ali Khamenei était le doyen des chefs d’État du Moyen-Orient. Arborant le turban noir des « seyyed », les descendants du prophète Mahomet, une barbe blanche touffue et des lunettes, il était le chef du système théocratique iranien. Il avait à ce titre un pouvoir quasi-absolu sur les questions religieuses, politiques et militaires. Ses portraits sont omniprésents dans les lieux publics et la question de sa succession n’avait jamais été soulevée publiquement.
En juin 1989, Ali Khamenei allait avoir 50 ans lorsqu’il a été nommé guide suprême à la suite du décès de l’ayatollah Rouhollah Khomeini, le fondateur de la République islamique. Son accession s’était déroulée sans heurts, Khamenei ayant assis son pouvoir en occupant la présidence du pays durant huit années, marquées par une guerre dévastatrice avec l’Irak (1980-1988). Ses trois décennies en tant que guide suprême ont été marquées par une succession de crises et de contestations.
En 2009, « le Mouvement vert » lors de la réélection jugée frauduleuse du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. En 2022, le mouvement « Femmes, Vie, Liberté », déclenché après la mort en détention de la jeune Mahsa Amini, arrêtée pour un voile supposément mal ajusté. Dernièrement, il avait qualifié de tentative de « coup d’État » les manifestations monstres du mois de janvier contre le pouvoir et le marasme économique, justifiant ainsi leur répression sanglante.
(Re)lire Khamenei, intransigeant guide suprême de la République islamique d’Iran
Fils d’un imam, Ali Khamenei est né, selon son site officiel, le 19 avril 1939 dans une famille azérie pauvre de Machhad (nord-est), la deuxième ville du pays. Son activisme politique contre le chah d’Iran, Reza Pahlavi, soutenu par les États-Unis, lui a valu de passer une grande partie des années 1960 et 1970 en prison. Sa fidélité à Khomeini, dont il avait suivi les enseignements depuis 1958, a été récompensée en 1980, lorsqu’il s’est vu confier le rôle-clé de diriger les prières du vendredi à Téhéran. L’année suivante, il était élu président. Quelques mois plus tôt, il survivait à une tentative d’assassinat qui laissait sa main droite en partie paralysée.
Sous sa direction, le corps des Gardiens de la Révolution a étendu son emprise sur le pays, son économie et a accru son influence au-delà des frontières de l’Iran, notamment au Liban, en Irak et en Syrie. Mais cet « axe de la résistance » a volé en éclats sous les coups d’Israël à la suite de l’attaque lancée par le Hamas en octobre 2023.
En 2018, Ali Khamenei avait décrit Israël comme une « tumeur maligne » au Moyen-Orient qui devait être « retirée ». Quelques années plus tôt, il avait qualifié de « mythe » l’extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Coutumier d’une rhétorique martiale, il avait menacé mi-février de couler le porte-avions américain USS Abraham Lincoln déployé dans le Golfe, assurant que Donald Trump ne réussirait pas à détruire la République islamique.
Passionné de littérature
Sous son égide, l’Iran a plongé dans le marasme économique, affaibli par les sanctions internationales – malgré un léger rebond dans les années 1990 et surtout l’accord international de 2015 pour encadrer le programme nucléaire iranien. Grand orateur et connu pour mener une vie sans faste, Khamenei a très rarement voyagé hors d’Iran. Président, il avait fait un déplacement remarqué aux États-Unis pour un discours à la tribune de l’ONU en 1987.
Il habitait une résidence relativement modeste dans le centre de Téhéran. Placé sous haute protection, ses apparitions publiques n’étaient plus diffusées en direct depuis la guerre des 12 jours lancée en juin 2025 par Israël pour anéantir le programme nucléaire iranien.
Féru de littérature, Ali Khamenei était un admirateur de Victor Hugo et de son roman « Les Misérables », un livre « prodigieux » sur « la bonté, l’affection et l’amour », selon ses termes. C’était aussi un amateur de poésie, une passion transmise par sa mère à qui il vouait une grande admiration. Avant la Révolution, il avait notamment traduit des recueils de l’arabe et composé des poèmes.
Vahid Salemi à Paris

