93ème anniversaire de Paul Biya à Maroua : Likiby Boubakar et Sali Babani s’étripent autour de l’anniversaire de Paul Biya

La célébration du 93ᵉ anniversaire du président Paul Biya, à Maroua, a viré à l’affrontement verbal entre deux cadres du RDPC. Une scène ubuesque selon les participants.

Ce qui devait être un moment de communion s’est transformé en scène de règlement de comptes entre deux figures locales du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). D’un côté, Sali Babani, maire de la ville. De l’autre, Aboubakar Likiby, directeur général de la Mission de promotion des matériaux locaux (MIPROMALO) et président national du Mouvement pour la consolidation des acquis du renouveau (MOCAR), structure organisatrice de l’événement. Deux cadres du parti, deux universitaires, deux egos manifestement à fleur de peau.
Une ironie aux relents identitaires
Prenant la parole en premier, le maire plante le décor. Sous couvert de civilités protocolaires, il glisse une pointe d’ironie qui ne passe pas inaperçue. Il salue « Sa Majesté Aboubakar Likiby, chef traditionnel de 3ᵉ degré de Nkilzok 2, dans l’arrondissement de Zoétélé, département du Dja-et-Lobo, région du Sud », le remerciant pour sa « sympathie appuyée » envers la ville de Maroua.
Dans l’assistance, le ton intrigue. Derrière les formules policées, beaucoup perçoivent une manière subtile de renvoyer l’organisateur à ses origines géographiques, comme pour souligner une extériorité.
La riposte, cinglante
La réplique ne se fait pas attendre. À son tour au pupitre, Aboubakar Likiby choisit l’ironie pour répondre à l’ironie. Il invoque l’intégration nationale, thème cher au chef de l’État, avant de lancer : « Nous sommes un pays où tout le monde a toutes ses chances de vivre et de réussir. À titre d’illustration, nous avons le fils d’un cordonnier, parti de Bama, au Nigeria, qui peut devenir maire de la ville de Maroua. C’est un exemple de vivre-ensemble. Et le maire Sali Babani en est un exemple. »
Dans l’assistance, l’applaudimètre explose. Le message est clair : la pique du maire appelle une contre-attaque frontale, tout aussi personnelle.
Poursuivant sur sa lancée, le directeur général rectifie au passage le titre traditionnel qui lui a été attribué : « Il m’a donné un titre que je n’ai pas encore, mais que je souhaite avoir. Je ne suis pas chef traditionnel. En revanche, je suis notable à Foumban, notable à Bayangam et Waziri à Kaou Djiga, ici à Maroua. » Une manière d’affirmer son ancrage national… et local.
Un parti en chiens de faïence
Au-delà de l’échange, l’épisode révèle les fissures au sein du RDPC dans la capitale régionale de l’Extrême-Nord. Selon plusieurs témoins, sitôt la première salve lancée, des proches du Dg se seraient activés en coulisses, multipliant les appels pour collecter des informations sur le passé de l’élite. Les éléments auraient été transmis en urgence à l’orateur avant sa prise de parole. Résultat : une réplique calibrée, ajoutée à la hâte sur ses notes, puis dégainée comme une munition politique.
Ce 93ᵉ anniversaire, censé célébrer la longévité politique du chef de l’État, aura finalement servi de théâtre à une démonstration publique d’animosité entre cadres du parti au pouvoir. À Maroua, derrière les hommages officiels, les rivalités internes ne se cachent plus.
Abdoullkarim Hamadou

Observateur Septentrion

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