Adamaoua : Les populations de Minim-Martap dénoncent l’opacité de CAMALCO dans l’exploitation de la bauxite

 Les populations et organisations de la société civile de l’emprise du projet d’exploitation de la bauxite de Minim-Martap, dans les départements du Djerem et de la Vina, ont saisi le gouverneur de la région de l’Adamaoua pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « manque criant de collaboration et de transparence » de la part de l’entreprise exploitante, CAMALCO.

Dans une correspondance datée du 20 février 2026 et adresée au gouverneur de l’Adamaoua à Ngaoundéré, les signataires expriment « des cœurs pleins de chagrin » face à la gestion du projet minier. Selon eux, depuis la phase exploratoire jusqu’à la signature de la convention entre l’État du Cameroun et CAMALCO titulaire d’une licence d’exploitation de vingt ans renouvelable les populations impactées n’ont jamais été véritablement associées aux décisions majeures.

Les plaignants rappellent la visite de travail effectuée le 27 août 2025 à Minim par le gouverneur, dans le cadre de la campagne de sensibilisation menée par la commission ad hoc chargée du constat et de l’évaluation des travaux de sécurisation des terrains nécessaires à l’exploitation. À cette occasion, les représentants des villages concernés avaient déjà dénoncé l’opacité entourant le projet.

Dans la foulée, une séance de travail s’était tenue le 4 septembre 2025 dans les services du gouverneur. Elle avait réuni les délégations régionales sectorielles (MINDHU, MINCAF, Environnement), les maires des communes de Martap et Tibati, les chefs traditionnels des villages impactés, les organisations de la société civile ainsi que les responsables de CAMALCO. L’objectif était clair : améliorer la transparence, renforcer la concertation et instaurer un mécanisme de collaboration efficace avec les communautés locales.

Mais selon les populations signataires, les recommandations formulées à l’issue de cette rencontre seraient restées lettre morte. « La situation a évolué de mal en pire », déplorent-elles, estimant que le taux de conformité de CAMALCO aux interpellations des autorités administratives serait « presque nul ».

Au cœur des griefs figure la question de l’emploi local. Les populations rappellent que la convention encadrant le projet prévoit la promotion du contenu local, notamment à travers le recrutement prioritaire des fils et filles de la localité aux postes de responsabilité, dans la sous-traitance et pour les tâches exécutées sur le terrain. Or, selon elles, cette disposition ne serait pas respectée. Elles dénoncent une marginalisation progressive des compétences locales au profit de personnels venus d’ailleurs.

Les signataires évoquent également un déficit d’information sur l’état d’avancement du projet, les indemnisations liées à la sécurisation des terrains, ainsi que les impacts environnementaux et sociaux de l’exploitation. Ils craignent que l’absence de dialogue franc et structuré ne fragilise la cohésion sociale dans les zones concernées.

Tout en réaffirmant leur attachement au développement de la région de l’Adamaoua et à la valorisation de ses ressources naturelles, les populations de Minim-Martap se disent favorables à une exploitation responsable et inclusive. Elles sollicitent l’arbitrage du gouverneur afin qu’un cadre permanent de concertation soit mis en place et que les engagements pris par l’entreprise soient effectivement respectés.

Pour ces communautés du Djerem et de la Vina, l’exploitation de la bauxite ne saurait se faire au détriment des droits et des intérêts des populations riveraines. Elles appellent à un partenariat fondé sur la transparence, la justice sociale et le respect des textes en vigueur, afin que ce projet structurant devienne un véritable levier de développement local et régional.

Rukkayah Mohammed

Observateur Septentrion

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